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Points clés à retenir
- Le TJM plancher se calcule ainsi : chiffre d’affaires annuel nécessaire ÷ jours réellement facturables (150 environ, pas 218).
- Pour viser 2 500 € net par mois, il faut environ 48 000 € de CA annuel, soit un TJM plancher de 320 € sur 150 jours facturables.
- Ne jamais partir du tarif des plateformes : c’est un prix de volume, pas une référence de marché.
- Démarrez en TJM, réservez le forfait aux prestations que vous savez chiffrer en heures ; majorez votre plancher de 15 à 20 % pour garder une marge de négociation.
- Baisser son prix ne change pas le niveau d’expertise perçu : cela change le type de client.
Sommaire
Fixer ses tarifs quand on se lance en freelance : la méthode qui évite de se brader
Fixer ses tarifs quand on se lance en freelance, ce n’est pas un exercice de style : c’est une décision chiffrée que vous prenez au pire moment, celui où vous avez besoin du client. Alors vous préparez le devis, vous tapez le montant, vous le trouvez trop gros, vous le divisez par deux. Et vous signez un contrat qui ne vous paiera pas.
J’ai passé douze ans côté RH, dans deux ETI industrielles, à voir des budgets se voter et des prestataires s’évaluer. Depuis six ans, sur les 300 femmes que j’ai accompagnées, la question du tarif arrive toujours avant celle du métier. Ce n’est pas un hasard : un chiffre vaut mieux qu’une intuition, surtout quand il s’agit de votre salaire.
Pas de « mindset d’abondance » ici. On calcule votre tarif plancher, on choisit le bon mode de facturation, on tient son prix sans portfolio. Trois étapes, zéro slogan. Tenir son prix sans portfolio demande de la clarté mentale : la charge mentale entrepreneur se gère, elle aussi, avec des leviers concrets.
Pourquoi le « tarif du marché » est le pire point de départ quand on débute
Quand on démarre, le réflexe est de regarder ce qui se pratique. Mauvaise direction. Ce que vous voyez sur les plateformes, ce sont des prix de volume : la plateforme vit du nombre de missions, pas du niveau de votre rémunération. Ce n’est pas une référence, c’est un plancher commercial qui appartient à quelqu’un d’autre.
Deuxième piège : le « TJM moyen » cache des écarts de 1 à 4 selon l’expérience, la spécialité et le secteur. Une moyenne entre 250 € et 900 € ne vous dit rien d’utile sur votre cas. Troisième piège, le plus coûteux : partir du marché vous pousse à vous sous-évaluer avant même d’avoir calculé ce que vous devez gagner. Vous négociez contre vous-même.
Astuce : ne calez jamais votre tarif sur ce que vous voyez sur une plateforme. C’est un prix de volume, pas un prix de référence. Votre référence, c’est votre coût de vie plus vos charges.
Calculer son tarif plancher en 4 étapes (avec exemple chiffré)
C’est la partie que personne ne déroule vraiment. Prenez une feuille, on y va, avec l’exemple d’une objectif de 2 500 € net par mois. Combien facturer pour gagner 2 500 € net ? Voici le calcul complet.
- Fixez votre revenu net cible. 2 500 €/mois = 30 000 €/an. Pas un rêve : un montant qui couvre loyer, crédit, courses, imprévus.
- Repassez-le en chiffre d’affaires. Ajoutez les cotisations sociales (comptez environ 21 % en BIC de services, davantage en BNC libéral), l’impôt estimé et vos frais pro (logiciels, assurance, matériel). 30 000 € net → environ 48 000 € de CA.
- Comptez vos jours réellement facturables. 218 jours travaillés, moins 5 semaines de congés, moins la prospection, la compta et la formation : 140 à 160 jours par an, pas 218.
- Appliquez la formule. TJM plancher = CA annuel ÷ jours facturables. Ici : 48 000 ÷ 150 = 320 €/jour.
| Niveau de vie visé (net/mois) | CA annuel nécessaire | Jours facturables | TJM plancher |
|---|---|---|---|
| Confort minimal (2 000 €) | ~38 000 € | 150 | ~255 € |
| Confort (2 500 €) | ~48 000 € | 150 | ~320 € |
| Confort + (3 500 €) | ~67 000 € | 150 | ~445 € |
Attention : ce TJM est un plancher, pas un prix de vente. Votre prix affiché doit intégrer 15 à 20 % de marge de négociation, sinon la première remise client vous fait passer sous votre coût de revient.
Taux horaire, TJM ou forfait : que choisir quand on démarre ?
Troisième question, et elle change tout sur l’année. Le taux horaire rassure le client mais punit votre productivité : plus vous progressez, moins vous gagnez. Le TJM est le standard lisible du marché, adapté aux missions récurrentes — c’est le mode que je recommande les six premiers mois. Le forfait est le plus rentable à terme, mais le plus risqué quand vous n’avez pas encore d’historique d’estimation.
| Mode | Idéal pour | Avantage | Risque |
|---|---|---|---|
| Taux horaire | Petites prestations ponctuelles | Simplicité, client rassuré | Plafonne vos revenus |
| TJM | Missions régulières | Standard, comparable | Sous-facturation si périmètre flou |
| Forfait | Prestations cadrées (audit, landing page, logo) | Rentabilité, prix ferme | Dérapage temps non facturé |
La règle de décision est simple : démarrez en TJM, proposez un forfait uniquement sur ce que vous savez estimer en heures. Et pour la partie administrative, sachez que votre CPF peut financer ça — bien choisir une formation courte en gestion ou en facturation, c’est souvent le meilleur retour sur investissement des six premiers mois.
Se positionner sans portfolio ni références
« Je n’ai pas d’expérience, comment justifier ce prix ? » C’est la question qui revient le plus souvent en coaching, en particulier en création d’entreprise au féminin. La réponse : vous ne vendez pas votre passé, vous vendez la résolution d’un problème présent. Trois leviers sont accessibles dès le premier mois.
- La spécialisation — un métier, un type de client, un problème. « Je fais du contenu » ne se vend pas ; « je réécris les pages services des cabinets comptables » se vend.
- Le process visible — une méthode en 4 ou 5 étapes annoncée noir sur blanc dans votre proposition. Le client achète un chemin balisé.
- Les preuves substitutives — projets personnels, certifications, témoignages informels, cas d’école documentés. Ce n’est pas de l’expérience client, mais c’est de la preuve.
Conseil Nadia Roussel : ne dites pas « je débute donc je fais moins cher ». Dites « voici les 3 étapes que je vais suivre pour vous ». L’expertise perçue se construit sur le process, pas sur la durée.
Les 4 erreurs qui plombent un tarif de débutant
Côté RH, je peux vous dire ce qui se passe vraiment dans une négociation : la personne en face ne juge pas votre prix, elle juge votre capacité à le tenir. Ces quatre erreurs vous font perdre les deux. Elles pèsent encore plus quand vient le moment de négocier son salaire à l’embauche.
- Copier le tarif d’un senior — sans son portfolio ni son réseau, votre prix devient incohérent. Calculez votre plancher d’abord.
- Oublier les jours non facturables — 218 contre 150 jours, c’est 30 % de revenu en moins sur le même prix affiché.
- Négocier avant qu’on vous le demande — annoncer un prix puis se justifier, c’est déjà baisser. Posez le chiffre, puis taisez-vous.
- Ne pas augmenter après six mois — appliquez +10 à 20 % sur les nouveaux clients d’abord, les anciens suivent ensuite.
Questions Fréquentes
Quel TJM demander quand on débute en freelance ?
Le TJM plancher que vous avez calculé, majoré de 15 %. En pratique, cela donne souvent 250 à 350 € par jour pour un débutant, avec de gros écarts selon le métier et la région. Ne partez pas du chiffre des autres : partez du vôtre, puis vérifiez qu’il reste dans une fourchette crédible pour votre marché.
Comment augmenter ses tarifs sans perdre ses clients ?
Prévenez un à trois mois à l’avance, et commencez par les nouveaux clients. Annoncez la nouvelle grille avec une date, sans vous excuser. Les clients qui partent sur une hausse de 10 % sont rarement les clients rentables — et ceux qui restent vous paient enfin correctement.
Faut-il afficher ses tarifs sur son site ?
Oui si votre offre est cadrée, non si elle est sur-mesure. Dans le second cas, affichez « à partir de X € » : cela filtre les demandes hors budget sans vous enfermer dans un prix ferme. Un devis qui part trop bas se rattrape mal.
Comment réagir quand un client dit « c’est trop cher » ?
Reformulez le besoin, rappelez le périmètre, proposez deux options. Une version complète et une version réduite, avec des prix différents. Vous ne baissez pas votre tarif : vous réduisez le périmètre. C’est la différence entre se brader et s’adapter.
Peut-on facturer moins cher que le marché pour démarrer ?
Exceptionnellement, sur deux ou trois missions « portfolio », avec une limite de temps écrite. Jamais en réflexe par défaut : un tarif trop bas ne change pas votre niveau d’expertise, il change votre type de client. Et ce client-là négociera tout, tout le temps.
Votre tarif n’est pas un prix, c’est une décision
Trois choses à retenir. Votre TJM plancher = CA annuel nécessaire ÷ jours réellement facturables. Le marché est un indicateur de cohérence, jamais une base de départ. Et le TJM sert à démarrer, le forfait à progresser.
Recalculez tous les six mois, au calme, pas au moment d’un devis. Sur les 300 femmes que j’ai accompagnées, celles qui s’en sortent le mieux ne sont pas les plus douées techniquement : ce sont celles qui connaissent leur chiffre par cœur et qui le disent sans trembler.
Vous savez maintenant comment fixer ses tarifs quand on se lance en freelance : un plancher calculé, un mode de facturation choisi, un prix tenu. Le reste, c’est de l’exécution.
Sources
- URSSAF — taux et cotisations des micro-entrepreneurs : urssaf.fr
- Service-public.fr — entreprendre, statut de micro-entrepreneur : entreprendre.service-public.fr
- INSEE — données sur l’emploi indépendant : insee.fr
- Malt — baromètres annuels des TJM freelance : malt.fr